Histoire du château de Couvrelles

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Sommaire


Couvrelles avant la construction du château

Le vallon de Couvrelles décèle une présence humaine dès l’âge de la pierre polie, comme le prouvent les nombreux silex retrouvés. Il fut occupé à l’époque mérovingienne entre le Vème et le VIIIème siècle. Des tombes sont encore visibles dans le champ du lieu-dit Les Chanteaux, au-dessus du lavoir.

Le nom de Couvrelles vient de « Corporellae ». Le lieu est nommé sous ce terme dans un diplôme royal datant de 893, terme qui désigne un groupe de colons exploitant un terroir défriché.

En 893, le roi Eudes confirme à l’abbaye Saint-Médard de Soissons les donations royales faites par les rois mérovingiens, dont le vallon de Couvrelles. Les moines bénédictins de Saint-Médard en resteront propriétaires jusqu’au XIIème siècle, date à laquelle les terres passent à l’abbaye de Saint-Crépin.

Au XIIIème siècle, le domaine de Couvrelles n’est plus cité ni dans les cartulaires, ni dans les actes de libéralité. On ne connaît donc pas précisément l’origine de la Seigneurie de Couvrelles.

En 1348, Marie de Chambly, dame de Salsogne et de Montreuil présenta aveu et dénombrement à la comtesse de Braine. Parmi les droits cités se trouve Couvrelles. En 1376, Couvrelles est en possession de sa nièce, Marguerite de Clermont, dame de Montgobert, qui épousa Nicolas de Menou.

Les seuls témoins de cette époque, encore visibles à Couvrelles, sont une ferme fortifiée la Siège, l’église saint Lubin, une fontaine et quelques éléments conservés au château.

La Siège

La Siège est une ferme monastique fondée par l’abbaye Saint-Médard de Soissons (la destruction presque complète des archives de l’abbaye nous empêche de connaître la date de la fondation de la ferme). Pour la protéger des pillages, la Siège a été fortifiée. Il subsiste encore aujourd’hui d’importants restes de ces fortifications : une poterne ogivale donnant sur la vallée, une tour d’angle du XIIIème siècle, une tour en encorbellement du XVIème siècle et une grange du XIIIème siècle divisée par une rangée de piliers carrés auxquels répondent les contreforts. Ces vestiges sont inscrits au titre des Monuments Historiques depuis 1927.

Au partage des biens du monastère entre la mense abbatiale et la mense conventuelle, la cense de la Siège fut attribuée à l’abbé commendataire qui exerçait également les droits de justice. Parmi les abbés commendataires de Saint Médard, on trouve le prince Philippe de Savoie, le cardinal Mazarin et le cardinal de Bernis. En 1746, l’abbaye récupéra les droits par lettres patentes royales.

La Siège était gérée par un fermier et renommée comme une des meilleures fermes et des plus lucratives du pays. Les noms des fermiers sont connus à partir du XVIème siècle :

Jean Dagny, mort en 1524
Epitaphe de Jean Dagny

Jean Dagny, mort en 1524. Son épitaphe a été scellée contre un pilier nord de la nef de l’église de Couvrelles en 1924, lors de la restauration de l’édifice. Elle est surmontée d’un triangle orné des monogrammes IHS et MA. On y lit : Cy deva[n]t gist hônest hôme/jeha[n] dagny laboureur en/son viva[n]t dem[euran]t a la chieze/qui deceda le Xe jo[u]r [de]dec[em]bre/mil Vc IIIIxx et ung/prié Dieu po[u]r so[n] ame/AM[EN].

Philippe Buirette, simultanément fermier de la Siège et d’Epritel comme son fils (1598- 1607)

Etienne Buirette, fils de Philippe (1607- 1649)

Nicolas Pirou (1649-1661)

Nicolas Robillart (1662-1670)

Nicolas Duprez (1670- 1674)

Jean Pirou (1674- 1676)

Louis Roger (1676-1686)

Claude Lebrasseur (1686- 1691)

Henri Coussin (1691- 1693)

Charles Lebrasseur, frère de Claude (1693- 1746)

Claude Lebrasseur, fils de Charles (1746-1780)

Georges Lebrasseur, fils de Claude (1780- 1784)

Jacques Petit (1784- 1792)

Le 2 avril 1792, à l’heure des saisies révolutionnaires, la Siège est confisquée à l’abbaye, sans indemnité, et mise en adjudication comme bien national. Elle sera vendue à une coalition de 10 vignerons de Couvrelles. Eux-mêmes la revendirent à un serrurier parisien, Jean-Louis Contou, le 2 janvier 1793, faute de pouvoir payer le montant exigé. Il s’en défit en 1805 au profit de son fermier, Louis-François Petit.

La propriété passa successivement de Louis-Charles Neveux en 1844 à Félix-Auguste Gosset en 1864. La ferme cultivait alors 210 hectares de terres. La Siège est restée dans la famille Gosset au XXème siècle avant de passer à la famille Quénardel.

La Siège peinte par Boro
La Siège peinte par Boro

Entre 1964 et 1966, le peintre espagnol Salvador Nacher Pérez, connu sous le diminutif de Boro, a séjourné à Couvrelles et peint de nombreuses vues du village, dont celle de la Siège.

Epritel

Epritel est également une ferme monastique située sur les hauteurs de Couvrelles. Aucun vestige de l’époque médiévale n’est visible ; demeure juste son histoire. Son origine est inconnue, mais elle est citée dans les possessions des moines de l’abbaye de Saint-Yved de Braine en 1147. Elle dépendait spirituellement de la paroisse de Vasseny jusqu’à la Révolution où elle fut transférée à Couvrelles. Au XVIIIème siècle, la ferme se composait de maison, grange, écurie, étables, bergeries, cour, jardin et 130 hectares de terres. Une chapelle s’élevait dans la cour.

Tout comme la Siège, les noms des fermiers sont connus à partir du XVIème siècle :

Martin Buirette (1539-1545)

Louis Buirette, fils de Martin (1545-1574)

Philippe Buirette, petit-fils de Martin (1574-1614)

Etienne Buirette, fils de Philippe (1614-1645)

Louis Roger (1645-1659)

Jacques Roger, frère de Louis (1659-1689)

Charles de Frontigny (1689-1694)

Nicolas Duriez (1694-1731)

Pierre Robert et sa sœur Marie-Jeanne Robert, mariée à Jean-Prince Ferté (1731-1763)

Jean-Pierre Ferté, fils de Jean-Prince (1763-1788). Il fut élu pour représenter ses compatriotes du Tiers-état et apporter leurs doléances aux Etats Généraux à Versailles en 1789.

Pierre-Adrien Ferté, fils de Jean-Pierre (1788-1791). Il sera élu maire de Couvrelles en 1800.

Epritel fut confisquée à l’abbaye lors de la Révolution française. La ferme fut vendue comme bien national à un agent de change parisien, Simon-François Dufresne, le 26 juillet 1791. Elle appartient aujourd’hui à la famille Dumont, qui l’a acquise au décès de dom Marie-Bernard Maréchal, abbé cistercien de Sainte-Marie du Pont-Colbert, exilé en Hollande.

L’église saint Lubin

Elle a été construite au XIIème siècle, puis modifiée au début du XIIIème siècle : son abside ronde devient carrée sur le modèle de la cathédrale de Laon, et le clocher est habillé de 8 contreforts. Ses murs sont en pierre de taille et son toit recouvert de tuiles plates. Elle a la particularité d’avoir sur sa façade avant une tourelle contenant un escalier à vis, sans jour, qui mène au clocher.

Son patron, saint Lubin, était évêque de Chartres au VIème siècle.

Statue de l’évêque Saint Lubin

Sous l’Ancien Régime, la paroisse relevait du diocèse de Soissons (Grand archidiaconé, doyenné de Chacrise). Le presbytère était la maison accolée au cimetière et son jardin était dans le cimetière actuel. Vendu au meunier Pierre Béancourt pendant la Révolution française, il a été détruit pendant la 1ère guerre mondiale et n’a pas été reconstruit.

Vue du Presbytère en 1901 (source BNF, Gallica) Photographie prise en 1914
Vue du Presbytère en 1901 (source BNF, Gallica)
Photographie prise en 1914

L’église a été régulièrement entretenue : en 1724 et 1731, les vitraux et la couverture du chœur ont été refaits. Mais elle ne résista pas aux affres de la Révolution française. En 1838, un arrêté préfectoral y interdit l’exercice du culte en raison du danger que présentaient les larges lézardes ouvertes dans les murs par la poussée des voûtes. Peu s’en fallut qu’on n’abattît le clocher ou même l’édifice tout entier ! Les Couvrellois se mobilisèrent. Des souscriptions volontaires, jointes au prix de vente des biens communaux et à des impositions extraordinaires, permirent de rouvrir l’église en 1841. Parmi les généreux donateurs, on cite la baronne Gros et la maréchale de Lobau. C’est probablement au cours de cette restauration, que les pierres tombales, martelées en 1793, furent déplacées et posées dans la nef et les bas-côtés. Le mobilier a été remplacé grâce aux libéralités de la famille Roslin d’Ivry.

En 1896, une nouvelle campagne de restauration fut nécessaire. La plaque de marbre posée dans un bas-côté, rappelle qu’elle est due à la générosité de la comtesse du Manoir et de M. Gosset, conseiller référendaire à la Cour des comptes, propriétaire de la ferme de la Siège.

Plaque commémorative du don de la comtesse du Manoir et de M. Gosset

Endommagée lors du repli de l’armée allemande au mois d’août 1918, l’église est classée Monument historique en 1922. Elle commence à être restaurée la même année sous la conduite de Lucien Sallez, architecte des Monuments historiques, qui intervient sur la façade occidentale, le clocher, le bas-côté nord, le choeur (1922-1923) et la couverture (1924).

Pendant la Révolution française, en 1793, la Convention ordonna de faire fondre tous les objets de culte et les cloches. La tour de Couvrelles possédait 3 cloches. Des artisans lorrains, Joseph et Nicolas Antoine, venaient de les refondre, en remplacement d’une cloche de 1565 et de deux cloches de 1702. Elles avaient été baptisées en 1777. La municipalité ne réussit à en sauver qu’une seule. Il fut interdit de sonner les cloches en 1793.

L’église conserve aujourd’hui 3 cloches :

Marguerite Emilienne (1914). Parrain : Maurice Emile Ferté. Marraine : Marguerite Oudin. Devise : Je sonne pour Dieu et pour la France. Elle sonne les heures.

Jeanne Louise (1925). Parrain : Louis Hubert Pinta (maire de Couvrelles). Marraine : Mme Paul Prioux (veuve du propriétaire du château). Devise : Je sonne pour Dieu et son service.

Anne Morgan (bienfaitrice américaine du Soissonnais), 1921. Elle sonne pour les offices.

Le curé cessa ses fonctions en octobre 1793. Le mobilier de l’église fut vendu sur la place publique. Les tombes seigneuriales furent martelées. Les inscriptions qui restent aujourd’hui sont difficiles à lire mais quelques épitaphes restent visibles dont deux dalles tumulaires sous l’estrade de l’autel face au peuple.

Pami les épitaphes existantes, on peut y lire celle de la mère d’un curé : Cy devant repose / Janne Boyart native de Soissons / veuve de feu Nicolas / Hennequet demeurant / audit Soissons / laquelle étant / âgée de 73 ans / est décédée le 24 avril 1645. / Priez Dieu pour / son âme.

Et celle du 2ème propriétaire du château : Henri de Vallon et son fils. (Sous cette inscription on peut y déchiffrer l’épitaphe de l’épouse d’un d’Auquoy, famille qui a construit le château, morte en 1602)

Cy gist Messire Henri / de Vallon chevalier seigneur / de Couvrelles Augy Ger/nicourt et Tirlancourt âgé / de soixante ans qui décéda / le 3 janvier 1668. Priez / Dieu pour son âme / Et Messire Henry François de / Vallon seigneur / de Couvrelles et Augy / commandant de la ville de Bouchin/ lequel décéda le 1er août / 1694. Priez Dieu pour son âme /

Un fragment de dalle a été scellé dans un pilier en 1924. Il s’agit de celle de Jean Dagny, fermier de la Siège mort en 1524. On y lit :

Cy deva[n]t gist hônest hôme/jeha[n] dagny laboureur en/son viva[n]t dem[euran]t a la chieze/qui deceda le Xe jo[u]r [de]dec[em]bre/mil Vc IIIIxx et ung/prie Dieu po[u]r so[n] ame/AM[EN].

Le vitrail dans le chœur est le seul vitrail historié de l’église. Il n’est ni signé ni daté. Comme de nombreux autres dans le secteur, le vitrail détruit a été remplacé par une verrière commémorative de la 1ère guerre mondiale. Aux figures religieuses (l’agneau pascal aux 7 sceaux avec 5 chandeliers, les encensoirs, le Christ en croix entre 2 anges, saint Jean tenant le Christ dans ses bras) se mêlent des symboles patriotiques (un casque fiché sur une épée entouré de palmes) et une inscription : « En souvenir de Maurice Dumont, mort pour la France 1914 ». Le sacrifice du Christ qui s’est offert pour sauver tous les hommes, est associé au sacrifice du soldat pour sa patrie.

Vitrail du choeur de l’église de Couvrelles

Maurice Dumont (21/09/1884-29/08/1914) était 2ème classe et a servi dans le 67ème régiment d’infanterie – 22ème compagnie. Il est également cité sur la plaque commémorative des défunts de la guerre.

Le maître-autel en pierre, de style gothique, fut sculpté en 1864 par un jeune artiste de Soissons.

Le chemin de croix est un moulage en plâtre de l’original en pierre qui se trouve dans l’église Saint-Martin de Chauny (1925). Le sculpteur Henry Bouchard a réalisé d’autres copies de ce chemin de croix dont celles qui se trouvent dans l’église Saint Pierre de Chaillot à Paris, ou dans l’église de Lestrem dans le Pas-de-Calais.

Le maître-autel en pierre, de style gothique, fut sculpté en 1864 par un jeune artiste de Soissons.

Le meuble de sacristie, fabriqué sur mesure, date du milieu du 18ème siècle.

L’harmonium est signé du facteur M. Kasriel et l’orfèvrerie des frères Favier.

Le meuble de sacristie, fabriqué sur mesure, date du milieu du 18ème siècle.

Les lustres ont été fabriqués par Pierre Flégny (ouvrier du château) vers 1980 avec d’anciennes roues en remplacement des lustres en bronze disparus pendant la guerre.

Les tableaux

Christ en Croix avec la Vierge, saint Jean et Marie-Madeleine. Conservé dans la sacristie à cause de son état de détérioration, il surplombait le porche d’entrée en 1913. Son auteur est inconnu, mais le style rappelle les grands maîtres de l’Ecole Française (Vouet, Le Sueur, Champaigne), ce qui permet de dater cette peinture du milieu du XVIIème siècle. Donateur : Félicité d’Aarberg, comtesse de Lobau (1790-1860), propriétaire du château à partir de 1824.

La Résurrection. Placé dans la partie haute à la croisée du transept. Son auteur est également inconnu. Il ressemble à une œuvre de l’Ecole française et peut être daté du 1er quart du XVIIème siècle.

L’Immaculée Conception. Selon l’iconographie traditionnelle, la Vierge est représentée dans le ciel, debout sur le croissant de lune porté par un nuage et foulant aux pieds le serpent, symbole du diable. Elle est nimbée et couronnée d’étoiles avec la colombe du Saint Esprit. Elle est entourée d’anges dont un lui présente un bouquet de lys. Tableau situé au-dessus du porche d’entrée, il était placé au début du 20ème siècle au-dessus de l’autel de la Vierge. Donateur : Casimir Roslin, baron d’Ivry (1813-1873), propriétaire du château à partir de 1860. Restauré en 2006, il daterait du milieu du 19ème siècle et serait une copie d’une œuvre de l’Ecole Française du 17ème siècle.

Le cimetière

Une chapelle existait derrière celle de la Vierge. Une légende dit que s’y trouvait l’entrée du souterrain reliant au château. Elle a été détruite lors de la 1ère guerre mondiale et n’a pas été reconstruite. Elle abritait la sépulture du couple Roslin d’Ivry. Une plaque commémorative le rappelle.

Plaque commémorative de la sépulture du couple Roslin d’Ivry

On ne connaît pas la date de sa construction, mais Mme de Pompéry, dans une lettre de 1804 mentionne : « de notre cour, on entre dans le cimetière, et par une petite porte dont nous avons la clef, on est dans le banc qui se trouve à l’entrée du sanctuaire ou dans le sanctuaire même ».

Carte postale datant d’avant 1914. On voit la chapelle seigneuriale, ainsi que les anciens vitraux. Dans la cour des Communs, l’ancien portail et l’auvent le long du mur du cimetière qui n’existe plus.

Vue du cimetière vers 1900
Vue du cimetière vers 1900

Vestiges au château

Canalisation de type cistercienne enterrée dans la cour du château, longeant les Communs, visible du haut d’un puits.

Fragments de chapiteau et colonne retrouvés en creusant les fondations de l’école Dosnon en 1969.

Fontaine dans la forêt. Datation inconnue. Cette fontaine pourrait être médiévale ou baroque (époque de la famille de Verdon au 18ème siècle qui a fait des aménagements dans le parc)

L’architecture des salles du rez-de-jardin est antérieure à la construction du château : murs épais en pierre apparente, voûtes d’arête, colonne avec chapiteaux, cheminée au centre de la pièce. Une cuvette avec un trou d’évacuation, taillée dans la pierre, dans l’embrasure d’une fenêtre, est typique des cuisines des châteaux médiévaux. Elle servait d’évier pour laver la vaisselle.

Evier taillé dans l’épaisseur du mur

Dans les actes d’aveu de son fief de Claude d’Auquoy (grand-père du constructeur actuel du château), auprès de la maréchale de la Marck (4 juin 1557 et 9 octobre 1561), il est fait mention d’une maison et d’un hôtel seigneurial à Couvrelles. Il existait donc bien un bâtiment à l’emplacement du château actuel dont les salles du rez-de-jardin sont sans doute le témoin.

La famille d’Auquoy, constructeur du château actuel (1450 environ – 1620)

Couvrelles se trouve dès le XVème siècle en la possession de la famille d’Ocoy ou d’Auquoy par le mariage de Robert d’Auquoy avec Marie de Menou, petite-fille de Nicolas de Menou, Seigneur de Salsogne. En 1475, Hugues d’Auquoy, leur fils, est cité comme seigneur de Couvrelles et Salsogne. Il rend foi et hommage à Robert de Sarrebruche, comte de Braine. En 1550, ils acquièrent le droit de vicomté qui leur donne juridiction sur tous les habitants du village. Pendant les guerres de religion, l’abbaye saint-Médard leur cède les droits de propriété sur le moulin à eau. En 1600, le vicomte de Couvrelles acquit le fief de Courbon, près de Château-Thierry.

La famille d’Auquoy est célèbre pour un de ses membres : le chevalier Jean-Casimir d’Ocoy (1580-1662), protestant zélé, fidèle compagnon d’Agrippa d’Aubigné auprès de qui il combattit. Il signait ses écrits « d’Ocoy et de Couvrelles ». Il est le cousin de Claude d’Auquoy, le constructeur du château, par son père Louis d’Auquoy, chambellan du Prince de Condé.

Le 21 mars 1607, Claude d’Auquoy, écuyer, seigneur de Couvrelles, rend foi et hommage à la duchesse de Bouillon, Charlotte de la Marck, comtesse de Braine, baronne de Pontarcy. C’est très probablement lui qui fit élever le château actuel aux alentours de 1610.

Le Château de Couvrelles se présente comme une vaste demeure bâtie en pierres de taille. Il s’élève dans un vallon, à l’entrée nord du village et à quelques centaines de mètres de la route nationale n°31, la « Route du Sacre ».

Son toit « à la Mansard », avec une charpente à chevrons formant fermes, couvert d’ardoises, ses frontons demi-circulaires (armorié sur une façade), son perron, son escalier à double évolution, ses fenêtres à encadrement en bossage indiquent son style qu’on peut caractériser du XVIIème siècle. Un parc clos de murs, la proximité de l’église de Couvrelles qui en fut la chapelle, donnent à cette maison un cachet seigneurial de haute distinction.

Devant le château, au XVIIème siècle, plusieurs bâtiments couverts en tuile étaient affectés aux écuries et remises et à l’exploitation du domaine.

En 1608, Claude d’Auquoy fonda une chapellenie dans l’église paroissiale. Le chapellain avait pour mission de célébrer la Messe aux intentions du seigneur du château et devait résider à Couvrelles rue de la Loi. Le 1er chapelain, Jean Housset, a été nommé par Claude d’Auquoy et ses successeurs le seront par l’évêque. Un de ces chapelains a été enterré dans l’église, d’après l’épitaphe retrouvée dans le bas-côté nord :

Cy devant gist le corps / de Jean-Baptiste Laurent / Lejeune, vivant prêtre, chapelain / de cette paroisse, natif de Siri / âgé de 66 ans, lequel décéda / le 1 jour de … de l’année / 1667. Priez Dieu pour son âme.

Le dernier chapelain de Couvrelles fut Pierre-François Robert, nommé en 1788.

La famille de Vallon (1620-1698)

Avant de mourir, entre 1622 et 1630, Claude d’Auquoy vendit la terre et Seigneurie de Couvrelles. L’acquéreur Claude de Vallon, écuyer et seigneur de Bienville, signa le contrat le 14 octobre 1620. Il était porte-manteau de la maison du roi, anobli par Henri IV en 1609 pour ses services militaires.

Il put à peine jouir de son acquisition, car sa succession fut partagée le 16 mars 1621. Jean, son fils, puis Henry de Vallon en héritèrent. Henry mourut en 1668 et fut inhumé avec son fils dans l’église paroissiale. Leur pierre tombale porte l’épitaphe suivante : Cy gist Messire Henri / de Vallon chevalier seigneur / de Couvrelles Augy Ger/nicourt et Tirlancourt âgé / de soixante ans qui décéda / le 3 janvier 1668. Priez / Dieu pour son âme / Et Messire Henry François de / Vallon seigneur / de Couvrelles et Augy / commandant de la ville de Bouchin/ lequel décéda le 1er août / 1694. Priez Dieu pour son âme /

La dalle est entourée d’un filet avec en haut deux tibias croisés et en bas deux écussons accolés aux armes de Vallon : d’argent à la bande sinople, chargée de cinq pommes d’or.

Henry-François de Vallon, chevalier, seigneur de Couvrelles et Augy, suivit la carrière militaire qu’il acheva comme lieutenant au gouvernement de Bouchain, sur la frontière du Hainaut. Il mourut en 1694 laissant deux enfants mineurs. Sa femme vendit le domaine le 12 juillet 1698.

La famille Charpentier d’Audron (1698-1760)

Le nouveau maître du domaine est Henry-Bonaventure-Augustin Charpentier d’Audron, écuyer. Il demeurait à Paris, rue de Jouy. Il fut anobli par Louis XIV en 1696 pour ses loyaux services militaires. En 1704, le roi lui conféra la direction de l’hôtel des Invalides.

Il fit construire une maison pour le jardinier et une autre pour le berger. Les pressoirs banaux étaient installés dans la cour du château. Sa femme, Marie-Jeanne le Féron fut inhumée à Couvrelles dans la chapelle de la Vierge en 1740 et Henry-Bonaventure auprès d’elle en 1744.

Ce cadastre de 1745 nous révèle une disposition des bâtiments quasi similaire à aujourd’hui. La pièce d’eau n’y figure pas et a donc été créée après 1745.

Cadastre de 1745

Henry-Bonaventure laisse deux fils et trois filles qui vendirent la terre d’Augy à la comtesse d’Egmont en 1757. Son fils aîné, Gilles-Bardol épousa Louise-Catherine Mareschal en 1723, alors qu’elle n’avait que 12 ans. Elle était la fille de Louis Mareschal, premier chirurgien du roi, et petite-fille de Georges Mareschal, chirurgien et confident de Louis XIV. Gilles-Bardol succéda à son père en qualité de directeur intendant de l’hôtel des Invalides. Il mourut prématurément à Couvrelles en 1747 et fut inhumé dans le chœur de l’église à gauche de la pierre tombale des deux Vallon.

« Ci gist Messire Gilles Bardo Charpentier ecuyer, seigneur vicomte de Couvrelles, ancien directeur de l’hôtel royal des Invalides […] »

Sa femme se remaria avec Henry, comte de Bernetz. Elle mourut à 42 ans en 1752 et fut enterrée dans l’église de Couvrelles. La seigneurie resta indivise entre les 7 enfants de Gilles-Bardol de Charpentier jusqu’à sa vente en 1760.

Dans la tourmente révolutionnaire avec la famille du Roux de Chevrier de Verdon (1760 – 1805)

Le chevalier Charles-Jean du Roux de Chevrier de Verdon, demeurait à Soissons quand il acquit la terre de Couvrelles le 11 février 1760. Il avait suivi la carrière des armes et fut décoré de la croix de chevalier de Saint-Louis. Il était marié à la fille d’un trésorier de France de la généralité de Soissons, Marie-Marguerite-Jeanne le Vent de Louâtre.

Un de ses premiers actes fut de vendre le moulin à eau banal qui tournait au bord du rû, entre le village et la route de Soissons, le Moulin de Courbe. Par contre, il défendit son fief de Courbon pour le conserver.

Veuf, il se remaria en 1765 avec Marie Regnault, fille de Jean-Baptiste Regnault, seigneur de Salsogne. Ce mariage rétablissait l’unité féodale qui avait existé pendant plusieurs siècles entre Couvrelles et Salsogne.

Ce plan datant de 1767 permet de voir les améliorations apportées par Charles-Jean de Verdon : jardins à la française, création de chemins dans le bois et d’une rotonde, plantation d’un verger et d’orangers qui étaient stockés dans le bâtiment à gauche du château. La pièce d’eau n’apparaît toujours pas sur le plan.

Lors de la préparation des doléances des Etats Généraux de 1789, Charles-Jean de Verdon se fait représenter par son beau-père, Jacques-François de Pompéry, seigneur de Salsogne. La Révolution éclate. Pour mieux souligner la rupture avec le passé, l’Assemblée révolutionnaire décrète la division du royaume en départements. Le Vermandois et le Soissonnais prennent alors le nom de département de l’Aisne. La paroisse devient une « commune » et ses habitants des « citoyens » qui sont invités à élire leur maire. Le 1er maire est Pierre Béancourt, meunier du moulin de Couvrelles, qui sera très actif pendant la Révolution, notamment comme Président d’assemblée.

La nuit du 4 août 1789, les droits seigneuriaux sont abolis sans indemnités. Le 13 avril 1791, il est ordonné aux anciens seigneurs de faire retirer leur banc seigneurial à l’église, d’y effacer les litres peintes à leurs armes. Plus rien ne doit rappeler la royauté et la féodalité. L’Assemblée nationale confisque tous les biens du clergé au profit de la nation. Les vœux monastiques sont abolis et toutes les congrégations supprimées. La constitution civile du Clergé est votée le 12 juillet 1790. Le curé de Couvrelles, Abraham-Nicolas Tartenson, prête serment à la Constitution et peut ainsi conserver sa cure, mais devient schismatique aux yeux de l’Eglise.

Les réformes hâtives et les troubles politiques ont des répercussions économiques. Les restrictions alimentaires se font cruellement sentir. La guerre est déclarée avec les pays voisins, le territoire envahi, les hommes réquisitionnés. En 1793, le gouvernement anticlérical durcit les mesures vis-à-vis de la religion catholique. La Terreur fait rage. L’église de Couvrelles est vidée de son mobilier, les objets de culte et les cloches sont fondues, la croix est bannie, même du toit. Les tombes seigneuriales sont martelées. Le curé doit fuir avant de revenir en 1795, lorsque la liberté de culte est à moitié rétablie. Le presbytère est confisqué et vendu à Pierre Béancourt. Le Concordat de 1801 rétablit la paix religieuse. L’église de Couvrelles est réduite à l’état d’annexe de celle de Vasseny. Le curé Tartenson reprend sa place dans l’Eglise romaine avant de mourir en 1815.

Pendant la Terreur, au château, le chevalier de Verdon, appelé désormais le « citoyen Duroux », cache une religieuse, Catherine de Pompéry, bénédictine de l’abbaye d’Origny-sainte-Benoîte. Heureusement, les lois de spoliation et de mort contre les nobles ne sont pas appliquées dans la région. Le citoyen Duroux, cité comme propriétaire-cultivateur, ne paraît pas avoir été inquiété. Il meurt en 1798, laissant pour héritière sa femme qui meurt à son tour en 1805.

La mère de Marie Regnault s’était remariée en 1743 à Jacques-François de Pompéry, devenu par cette alliance seigneur de Salsogne et héritier du domaine de Couvrelles.

Salon mondain et entreprise sucrière avec la famille de Pompéry (1805 – 1824)

Jacques-François de Pompéry laissa trois filles et un fils, François-Hyacinthe. Ce dernier hérita du château en 1805. Lieutenant-colonel et chevalier de Saint-Louis, il était né à Salsogne en 1749. Veuf, il s’était remarié à Quimper, en 1786, à une bretonne, Anne-Marie Audouyn du Cosquer (1762-1820).

Devenu propriétaire du château, il s’intéressa avec passion à l’avenir de la betterave. Le blocus continental avait donné naissance à cette culture encouragée par Napoléon Ier. Il fonda une sucrerie qui eut ses heures de gloire les premières années. Nous ne connaissons pas avec assurance l’emplacement de cette sucrerie, mais le 7 rue de l’église, avant d’être une maison d’habitation, était un bâtiment ouvrier (traces sur la façade en pierre de grandes portes qui perdurent malgré la création de l’escalier extérieur, dans le hangar pierre creusée dans le mur comme pour y laisser passer des jeux de poulies) et le sol révéla en 1980 d’énormes pains de sucre enterrés.

Mme de Pompéry organisait réceptions et concerts. Son salon était prisé. On la surnommait « la Sévigné Cornouaillaise ». Elle entretenait une abondante et élégante correspondance, notamment avec Jean-Jacques Rousseau et Bernardin de Saint-Pierre. Le château et le parc furent embellis. Dans le contrat de vente de 1824, est mentionnée la présence d’une pièce d’eau. Elle a donc été créée entre 1767 et 1824, par M. de Verdon ou M. de Pompéry.

Anne-Marie de Pompéry

Mme de Pompéry reçut souvent à Couvrelles un de ses cousins, René Laënnec, médecin en chef de l’hôpital Necker, professeur au collège de France, inventeur du stéthoscope. Il venait souvent s’y reposer de ses travaux et satisfaire son amour pour la chasse. En septembre 1805, il y séjourne trois semaines, puis il reviendra en 1806, 1808 et 1813. Il raconte, dans ses lettres, son voyage en « guinguette » de Paris à Braine via Soissons ; il fallait, paraît-il, vingt heures, pour parcourir ce trajet. Arrivé à Couvrelles, il est accueilli par sa cousine Madame de Pompéry, Madame de Laubrière, veuve d’un émigré habitant le manoir de Bruys, et par la dame de compagnie de Mme Pompéry, Jacquemine Guichard (1779-1847) veuve de Pierre Argoult, dont il s’éprendra.

René Laënnec

Laënnec écrit : « À l’entrée d’un village […], j’apercevais un beau corps de logis terminé par deux pavillons, une vaste cour entourée d’écuries, d’étables et des granges très propres. Une vieille église élevait au-dessus de ces bâtiments son clocher gothique. Derrière le château, on apercevait des bois entourés de murs. […] Je ne vous dirai point que j’ai trouvé Mme de Pompéry charmante : vous la connaissez encore mieux que moi. C’est la tête d’un homme et le cœur d’une femme.

Son attachement à la religion, ses talents, son esprit, m’ont fait trouver dans sa société des douceurs que je ne connaissais plus, depuis qu’exilé à Paris je vis de l’amitié des savants et du commerce des livres. Nous avons fait de la musique, joué des proverbes, fait des vers, rempli des bouts rimés et chanté des motets dans l’église paroissiale de Couvrelles. Charles [son fils aîné] et moi, nous avons tué des lapins, perdrix et cailles ». Extrait de : Laennec à son père, 7 vendémiaire An XIV (1er octobre 1805), MS de Miniac, no. 81, transcrit dans Crochet 1982, 130-134.

Un autre personnage célèbre emprunta la route de Soissons à Braine : Napoléon.

Il la parcourut à deux occasions :

– En 1810, impatient de connaître l’archiduchesse Marie-Louise d’Autriche qui se rendait à Compiègne pour l’épouser, l’empereur emprunta ce chemin furtivement avec Murat dans une calèche sans livrée et rencontra Marie-Louise devant l’église de Courcelles.

– Fin février 1814, la vallée de la Vesle est envahie par les Russes. Elle est délivrée par l’armée impériale le 4 mars. Les ennemis se retirèrent sur le chemin des Dames et furent battus à Craonne, mais Napoléon ne put s’emparer de Laon, que défendait Blücher. Il dut battre en retraite par Chavignon et Soissons, et résolut alors de délivrer Reims. Il quitta Soissons le 13 mars. Après avoir suivi la route par Braine, il triompha à Reims et partit le 17 mars vers la Marne pour combattre les Autrichiens. L’empereur parti, la vallée fut de nouveau occupée par l’armée russe, qui appuyait les Prussiens occupés à un nouveau siège de Soissons. Le canton de Braine fut dévasté, pillé, incendié. Le maire de Braine écrit : « Tous les châteaux de ce canton ont été ruinés et dévastés entièrement. » Couvrelles n’est pas explicitement cité, mais il n’y a pas de doute que le château ne fut pas épargné.

En 1815, après les Cent jours et l’échec de Napoléon, le canton de Braine fut de nouveau envahi par la cavalerie russe avec obligation faite aux habitants de loger les militaires. Il fallut plusieurs années pour effacer les traces des deux invasions.

La sucrerie de François-Hyacinthe de Pompéry souffrit de ces aléas. Il fut obligé d’abattre les arbres du parc pour faire tourner l’entreprise. La paix européenne retrouvée n’était pas propice à ses affaires : elle avait rouvert les portes au sucre colonial et la jeune industrie n’avait pas la force de lui résister. Quand François-Hyacinthe mourut à Soissons en 1821, sa situation financière était fortement ébranlée.

François-Hyacinthe, propriétaire des châteaux de Couvrelles et de Salsogne, eut de sa seconde alliance deux fils et une fille. L’aîné, Charles, eut 3 enfants dont Théophile, né en 1814 à Couvrelles, qui sera connu comme physiocrate et député du Finistère. Le cadet, Antoine, a épousé Suzanne Cambier de Buhat en 1829. Leur fille, Aline épousa le général de Curten et hérita du château de Salsogne. Quant à la fille de François-Hyacinthe, Marie de Pompéry, elle épousa en 1818 le colonel comte du Parc de Locmaria, chevalier de Saint-Louis, ancien garde du corps qui s’est dévoué de longues années au comte de Chambord.

A la mort de leur père, les trois enfants cherchèrent à se défaire de la terre de Couvrelles. L’inventaire du domaine cite le château, 4 hectares de jardins avec une pièce d’eau, du bois taillis et futaie avec 3 pièces de 7 hectares, des bâtiments de ferme situés dans la cour d’entrée, et 185 hectares de terre, pré, saussaie et vigne, loués au fermier Ferté.

La famille Mouton de Lobau (1824-1911)

Georges Mouton, comte de Lobau, prend possession des terres de Couvrelles en 1824.

Né en 1770 à Phalsbourg (Moselle), Georges Mouton s’engagea dans l’armée en 1792. Brillant officier, il se distingua en 1809 au cours de la bataille d’Essling en Autriche. L’armée française se trouvait acculée dans l’île de Lobau, au milieu du Danube. Il repoussa l’assaut et sauva ses hommes. Pour récompenser sa bravoure, Napoléon le créa comte de l’Empire et comte de Lobau le 19 septembre 1810 avec une rente conséquente. Napoléon disait de lui : « Mon Mouton est comme un lion ».

Grâce à l’intervention de l’empereur, le jeune général épousa en 1809 dans la chapelle des Tuileries Félicité Caroline Honorine comtesse d’Aarberg de Valengin, chanoinesse de Nivelles (1790-1860).

Georges Mouton, comte de Lobau
(Tableau conservé au château de Lantheuil)
Félicité d’Aarberd, comtesse de Lobau (Tableau conservé au château de Lantheuil)

Fidèle à l’empereur, Georges Mouton se rallia à lui lors des Cents jours et fut fait prisonnier à Waterloo. Condamné à l’exil, il vécut en Belgique jusqu’en 1818. Puis il revint s’installer à Paris, avant d’acheter le château de Couvrelles pour faire plaisir à sa femme en 1824. Il le remeubla entièrement et modernisa le 1er étage en supprimant les chambres en enfilade et en créant un couloir. Il transforma l’escalier d’honneur. Au XVIIème siècle, il était à double palier avec la porte fenêtre à la hauteur du sol.

C’est à cette époque que furent probablement construites les cheminées des chambres du 1er étage qui sont centrées par rapport à la chambre et non par rapport à la largeur du bâtiment. Ces deux cheminées ont malheureusement été foudroyées en 1992 et n’ont pas été reconstruites.

Château de Couvrelles

Après la révolution de 1830, Georges Mouton fut promu Grand-Croix de la Légion d’honneur et succéda à La Fayette à la tête de la Garde Nationale. En 1831, il reçut le bâton de Maréchal de France et en 1833 Louis-Philippe lui conféra la dignité de pair de France.

Le maréchal de Lobau mourut à Paris le 27 novembre 1838 dans son logement de fonction au Palais du Louvre. Les honneurs lui furent rendus et son nom inscrit sur l’Arc de triomphe, 14ème colonne pilier est.

Lors de la formation de la maison de la nouvelle duchesse d’Orléans, en 1836, la comtesse de Lobau avait été nommée sa dame d’honneur. Elle mourut le 3 mai 1860.

A sa mort, la terre de Couvrelles échut à sa seconde fille Caroline Françoise, baronne d’Ivry. L’aînée, Louise Napoléone, avait épousé le marquis Turgot, pair de France et sénateur du second Empire, et la troisième, Adolphine, le marquis de Pange.

Caroline (1817-1891) avait été l’élève de Chopin, qui lui dédia, en 1838, son Impromptu pour piano op. 29, en la bémol majeur.

Son mari, le baron Casimir-Charles-Just Roslin d’Ivry (1813-1873), appartenait à une famille de fermiers généraux. Son père avait été fait baron de l’Empire en 1809.

Il déplaça la ferme qui se trouvait à l’entrée du château, comme une basse-cour, dans l’élégante construction du XVIIIème siècle, au 3 rue de l’église. A sa place, il construisit des écuries et des remises s’harmonisant avec le style du château, appelées aujourd’hui « Les Communs ».

C’est à cette époque que le phylloxéra fit disparaître la culture de la vigne à Couvrelles qui était naguère si prospère. Les vignerons préférèrent arracher leurs ceps et se livrer à la culture plus rémunératrice des légumes. Quinze hectares de marais situés le long du rû furent drainés et mis en culture.

Sur la façade du château, côté parc, le baron d’Ivry fit sculpter, surmontées d’une couronne de baron et soutenues par deux lions, ses armes (écartelé : aux 1 et 4 d’argent au chevron d’azur, accompagné de trois trèfles de sinople ; aux 2 et 3 de gueules à l’épi en pal d’argent au lion rampant d’azur)

Et celles de sa femme (écartelé : au 1, d’azur, à une épée d’argent, garnie d’or; au 2, de gueules, à un mouton heurtant d’argent; au 3, de gueules, au pal d’or, ch. de trois chevrons de sable; au 4, d’azur, à un édifice carré-long à trois étages, d’argent, ouvert et ajouré de trois rangs de fenêtres de sable, mouvant du flanc, le toit embrasé de gueules, ledit édifice posé sur une terrasse de sinople sur laquelle ou voit à dextre une bombe allumée senestrée d’un boulet, tandis qu’une grenade allumée tombe à dextre de l’édifice).

Fronton de la façade arrière du château

Il commanda également le portail d’honneur sur lequel est inséré leur monogramme : le L de Lobau et I d’Ivry. Monogramme que l’on retrouve dans l’encadrement en bois du miroir au mercure du grand salon.

De cette époque datent sans doute les deux vasques posées sur le mur des douves. Elles sont signées Jean-Jacques Ducel (1801-1877), sculpteur, fondeur, maître des forges français. Sa fonderie a été créée en 1823, rachetée en 1878 et a été l’une des plus grandes fonderies de France exportant dans le monde entier.

Grâce à cette gravure et aux photographies de 1910, nous savons que les combles ont été aménagées et les lucarnes créées à cette époque.

Vue du château le 11 octobre 1871
Vue du château le 11 octobre 1871

L’architecture de ces lucarnes est typique du XIXème siècle : en bois de structure légère, couverture à faible pente prévue pour un revêtement métallique, garde-corps en fonte. Les cloisons d’origine entre les chambres du 2ème étage « à pans de bois » ou « lattis » sont encore visibles aujourd’hui.

Cliché photographique de 1910
Cliché photographique de 1910

Dans le couloir du 2ème étage, une tomette révèle un message gravé à la main. Il est daté de 1841 et signé par un homme nommé Mitelette. Le texte est partiellement déchiffrable : « fait par moi… Fiechi dirigeur de machine infernale : je suis né à Jouaignes et à présent je suis propre à rien ou vidangeur…. ».

Tomette du couloir du 2ème étage du château de Couvrelles

Giuseppe Fieschi est un conspirateur corse, organisateur d’un attentat à la « machine infernale » (mitraillette composée de 25 canons de fusils juxtaposés pouvant tirer 25 projectiles simultanément). Il tira le 28 juillet 1835 sur le roi Louis-Philippe et sa famille. Il manqua son but, mais fit 18 morts dont 13 tués sur le coup. Il fut condamné à mort et guillotiné avec deux de ses complices.

Que voulait dire le mystérieux Mitelette ? Était-il un anarchiste ? Nul ne le sait.
Machine infernale de Fieschi, conservée aux Archives Nationales de Paris

Que voulait dire le mystérieux Mitelette ? Était-il un anarchiste ? Nul ne le sait.

Le baron d’Ivry mourut subitement à Paris le 25 janvier 1873. Il fut inhumé avec son épouse sous l’ancienne chapelle seigneuriale, qui a été détruite pendant la 1ère guerre mondiale. A son emplacement, une plaque de marbre en rappelle l’existence.

Caroline d’Ivry eut 3 filles : Jeanne, baronne Millin de Grandmaison, Simplicie, comtesse du Manoir et Marie-Roseline, baronne de Guenifey.

La 2ème fille hérita du château en 1891, à la mort de sa mère. Simplicie-Félicie-Marguerite Roslin d’Ivry épousa en 1867 Louis-Roger du Val, comte du Manoir. Issu d’une famille rouennaise dont le chef avait été anobli en 1719 pour ses services comme directeur de la nouvelle compagnie du Sénégal, il décéda au château d’Acquigny en 1888. La comtesse du Manoir aida financièrement à la restauration de l’église de Couvrelles en 1896. Elle mourut sans enfant.

Les deux guerres mondiales avec la famille Prioux – de Fresquet (1911-1960)

Simplicie Roslin d’Ivry, comtesse du Manoir, vendit le domaine le 30 décembre 1911 à M. Paul Prioux.

Cette carte postale datant de 1912 permet de l’imaginer à cette époque : portail d’honneur peint en blanc, pelouse de forme ovale pavée d’une roseraie, arbres dissimulant les Communs.

Simplicie Roslin d’Ivry, comtesse du Manoir, vendit le domaine le 30 décembre 1911 à M. Paul Prioux.

Paul Stanislas Prioux (1852-1913) est le fils de Stanislas Prioux, maire de Limé, papetier et historien, auteur d’une Histoire de Braine et de ses environs (1846). Négociant puis fabricant de papier à Paris, Paul Prioux reprend les magasins de son père, 47 quai des Grands Augustins, puis les déplace Impasse Reille à côté d’Alésia vers 1890. Il y fabrique notamment son fameux papier à cigarette Alésia. Sa société se développe avec des usines de pâte et de papier à Bessé-sur-Braye (Sarthe), Léry (Eure), et Corvol-L’Orgueilleux (Nièvre), puis en 1902, la Société papeterie de Nanterre, sur les bords de la Seine.

Grâce à sa fortune, Paul Prioux achète le château de Couvrelles en 1911, mais en profitera peu puisqu’il décède subitement à 61 ans en octobre 1913, comme l’indique son faire-part de décès.

Faire-part de décès de Paul Prioux
Faire-part de décès de Paul Prioux

Sa femme, Jeanne Louise de Fresquet (1864-1944), hérite du château et doit faire face rapidement à l’invasion allemande.

1er août 1914. La guerre est déclarée. Fin août les Allemands ont déjà envahi la région soissonnaise et un de leur détachement vient réquisitionner deux chevaux à la ferme du château. 15 jours plus tard, ils sont refoulés sur la rive droite de l’Aisne.

Le château de Couvrelles fut transformé en ambulance-divisionnaire française au début de la guerre.

hissé sur un mât au milieu de la pelouse
Croix rouge sur tissu blanc hissé sur un mât au milieu de la pelouse
H.O.E. 18

En 1916, fut monté l’hôpital d’évacuation, H.O.E. 18 entre Vasseny et Couvrelles qui permit de soigner les soldats blessés dans le Chemin des Dames.

Un bataillon de chasseurs à pied de la 69ème division cantonne dans le village de Couvrelles. En février 1916, la 69ème division part pour Verdun et les troupes se succèdent à Couvrelles dont les zouaves du général Poeymirau.

Le 5 septembre 1917 à 5 heures du matin, le lieutenant Jacques d’Arnoux s’envole de l’aérodrome de Mont-de-Soissons pour combattre l’aviateur Richtoffen. Il écrit : « Le village de Couvrelles, noyé de brouillards, repose au fond d’une gorge… ça et là, quelques lumières éparses tremblent de hameaux noirs… Des vapeurs encore assoupies s’étirent mollement sur Vasseny. Des nappes diaphanes flottent par-dessus à des altitudes différentes. Et cette ligne sinueuse qui fume : c’est la rivière de la Vesle. » Quelques instants plus tard, il rencontre son adversaire et, après un rude combat, tombe entre les deux lignes ennemies où il demeurera grièvement blessé durant 26 heures avant d’être secouru par 6 zouaves volontaires.

En 1917, le général de Maud’huy, commandant le 11e corps d’armée, établit son quartier général dans les salles voûtées du sous-sol du château. Son état-major d’artillerie occupe la ferme voisine. C’est donc à Couvrelles que fut élaboré le plan qui permit d’enlever en quelques heures le fort et la ferme de la Malmaison le 23 octobre 1917.

Général Louis Ernest de Maud’huy

Denis Lafeuille, un participant aux activités du Centre International, nous a livré ses souvenirs : « Né à Rodez, le 11 avril 1896, mon père, Paul Lafeuille, est originaire d’une famille paysanne. Élève brillant, il préparait l’École polytechnique lorsqu’éclata la Première guerre mondiale, en août 1914. Ses condisciples et lui quittèrent alors leur classe préparatoire pour se rendre sur le front. Engagé dans l’armée de l’air, mon père passa quatre années à faire de l’observation aérienne des lignes allemandes, parfois à seulement 50 mètres au-dessus du sol. Un rôle particulièrement important pour aider le commandement français à établir et adapter sa stratégie de combat face à l’ennemi. Au lendemain de la bataille du Chemin des Dames, en mai 1917, il fut décoré dans la cour du château de Couvrelles par le général de Maud’huy, pour son héroïcité dans le combat. »

De fin janvier à mars 1918, l’état-major de la 26ème division d’infanterie américaine loge au château de Couvrelles. Pershing leur rend visite en février 1918. Un film en conserve le souvenir. On le voit devant le château et au pied de l’escalier de la façade arrière.

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De leur occupation des lieux, ils n’ont laissé aucun graffiti, seuls quelques mots gravés dans les arbres de la forêt.

18-UNTIL WHEN / R M / MY KEY !
dans un coeur
2-GETHER / 4-EVER / dans un coeur : V4L XX X

A la fin de l’année 1917, l’état-major du 6ème corps donna l’autorisation de reboucher les tranchées et les trous d’obus sur le plateau et de faire disparaître les réseaux de barbelés. On se mit aussitôt à labourer et à semer dans l’espoir que la guerre n’empêcherait plus de récolter. C’est au milieu de ce calme que tomba le 27 mai 1918, à 3 heures du soir, l’ordre d’évacuer immédiatement le village. Les Allemands avaient forcé les lignes. Ils pillèrent toutes les maisons de Couvrelles et le riche mobilier du maréchal de Lobau fut retrouvé dans une voiture de déménagement embourbée sur la route de Soissons.

Le 6 août 1918, l’adjudant-chef Louis Aragon, médecin, est déclaré mort enseveli avec les hommes auxquels il venait porter secours, lors de l’une des batailles du Chemin des Dames, à quelques kilomètres de Couvrelles. Son intrépidité lui vaudra la croix de guerre et une citation à l’ordre de la division. Quelques jours après la bataille, Aragon revient sur les lieux. Et voici qu’il découvre avec stupeur dans un cimetière provisoire aménagé dans un pré du village une croix portant son nom ! On avait retrouvé près d’un mort anonyme sa vareuse et dans une poche une lettre à son adresse.

Louis Aragon, 1917

En 1956, il dédiera trois poèmes à cet épisode autobiographique, qu’il traite avec une ironie tragique, en parlant de sa « première mort ». Le premier intitulé « Secousse » en 1919, les deux autres en 1956 dans Le Roman inachevé.

Or nous repassions sur la Vesle / Après six semaines deux mois / A huit cents mètres de Couvrelles / Qui sont ces défunts que l’on voit / Fosses fraîches et croix nouvelles / Arrêtez un peu le convoi. / Celui-ci je me le rappelle / Il jouait quand le ciel tonna / Pour nous dans le poste aux chandelles / Un petit air d’ocarina. / La mort qui vint à tire-d’aile / Entre ses doigts le termina. / Cet autre enfant triste et frêle / S’agenouillait au bord de l’eau / Quand son âme a joué la belle / Comme de sa cage un oiseau / Et le tampon du colonel / L’a ramassé dans les roseaux. /Mais l’inscription que dit-elle / Je lis et je ne comprends plus / C’est pourtant mon nom que j’épelle / J’ai-t-il mal vu j’ai-t-il mal lu / Si c’est ma demeure mortelle / Qui dort au pied de ce talus. / Le cœur muet les yeux au ciel / depuis six semaines deux mois / Dans la terre au bord de la Vesle / A l’ombre d’une croix de bois / A huit cents mètres de Couvrelles / Quel est celui qu’on prend pour moi.

Louis Aragon Le roman inachevé, 1956

Il y avait devant la croix fichée en terre une bouteille / Dedans une lettre roulée à mon adresse / Était-ce vrai si c’était moi, si j’étais mort, si c’était l’enfer / Tout serait Mensonge illusion moi-même et toute mon histoire après / Tout ce qui fut l’Histoire un jeu de l’enfer un jeu du sommeil. / Comme s’explique alors ce sentiment d’une longue agonie / Et ma vie et le monde et qui pourrait encore y croire / Tout ceci n’était que l’enfer qui jongle devant son miroir / Je suis mort en août mil neuf cent dix-huit sur ce coin de terroir / Ca va faire pour moi bientôt trente-huit ans que tout est fini.

Louis Aragon Le roman inachevé, 1956

Les Américains délivrent Couvrelles fin août 1918. Cette inscription sur un hêtre du parc a peut-être été gravée à cette période.

AUG 30 TH
FR / HDE / JC / AUG 30 TH

Le 30 septembre, les Allemands furent définitivement refoulés, mais pendant 3 mois, des batteries établies entre la Vesle et l’Aisne n’avaient cessé de bombarder le village et le château.

Couvrelles, avant les bombardements. Rue de la Loi au croisement de la rue de l’église, 1914-1918

Le village est complètement détruit. Pas une maison n’est habitable. Pendant la guerre, le château a hébergé temporairement les villageois sans abri dans l’Orangerie. Une personne du village, Pierre Demettre, y est né en 1916.

M. Pinta, le maire monta une coopérative de reconstruction du village en 1919, sous la direction de M. Chaleil, architecte de Soissons. Grâce à lui, Couvrelles a gardé son charme avec ses hautes et blanches maisons vigneronnes posées sur de vastes celliers, ses toits d’ardoises aiguës et ses pignons dentelés. Le château, l’église et la ferme furent également restaurés en 1922 et 1927 grâce au soutien de l’Etat.

Lorsqu’elle put réinvestir son château, Mme Prioux s’évertue à le remettre en état : retrait du lierre, plantation de roses grimpantes le long des murs, réfection de la toiture…

La toiture a probablement été immédiatement refaite, car en 1927, seules les façades du château ont été inscrites à l’inventaire supplémentaire des Monuments Historiques, signe que la toiture était en bon état. La charpente a été consolidée à cette époque et les ardoises posées avec des crochets en plomb.

Arrêté d’inscription aux Monuments Historiques

Le couple Prioux n’a pas eu d’enfants. Mais la famille proche est nombreuse et elle reçoit régulièrement ses parents, telle Berthe Cabuchet, une cousine éloignée qui viendra passer de nombreux étés à Couvrelles d’où elle a écrit plusieurs cartes postales, dont celle-ci en 1934.

Carte postale écrite par Berthe Cabuchet
Mme Prioux avec ses neveux
Mme Prioux avec ses neveux

Lorsque la 2ème guerre mondiale éclate, le château est occupé par l’armée allemande à partir de juin 1940. Jeanne-Louise de Fresquet-Prioux abandonne le château et se réfugie en zone libre, auprès de sa famille. Elle s’installe à Bourg-en-Bresse, dans l’Ain. Elle y retrouve sa sœur Fernande Marie de Fresquet (1864-1941), qui a épousé Henry Auguste Omont (1857-1940), commandeur de la légion d’honneur et historien helléniste. Elle y retrouve également sa cousine Berthe Cabuchet, petite-fille d’Emilien Cabuchet (1819-1902), sculpteur, mari de Marguerite de Fresquet. C’est à Bourg-en-Bresse que Jeanne de Fresquet-Prioux meurt le 23 janvier 1944. Son corps est enterré dans le cimetière de Couvrelles.

Tombe de la famille Prioux

En septembre 1944, les troupes américaines chassent les Allemands et investissent le château. Ils ont laissé des peintures dans les combles de l’Orangerie.

« Marabout » peint sur la sous-pente dans la première pièce en montant l’escalier.
« Marabout » peint sur la sous-pente dans la première pièce en montant l’escalier.

Ces deux dessins sont les insignes du Red Ball Express, groupe de communication américaine, chargé de l’approvisionnement des troupes. L’un est peint sur une porte de placard à l’intérieur de laquelle avait été laissée au sol une couverture grise allemande. L’autre est peint sur la sous-pente de la grande pièce qui est au-dessus de l’actuelle salle à manger.

Une des portes des chambres de l’Orangerie (aujourd’hui disparue) portait l’inscription peinte : « Foster’s room », un sergent noir d’après les souvenirs des couvrellois. Ce qui est probable, car le Red Ball Express était majoritairement composée de noirs.

Dans les années 90, un Allemand est venu à Couvrelles avec son épouse. Il nous raconta qu’il y avait été retenu comme prisonnier sous des tentes côté étang, le long du mur d’enceinte. Il garde le souvenir d’avoir été bien traité, mais d’avoir eu très froid.

A la fin de la guerre, le château revient à ses propriétaires. Jeanne de Fresquet-Prioux a légué, avant de mourir en 1944, la propriété à sa sœur Fernande de Fresquet, épouse Omont, qui mourut elle-même en 1941. Ses 3 fils en héritèrent : Jean Auguste Omont, Pierre Paul Omont et les enfants du défunt Julien Henri Omont (Anne-Marie et Colette).

N’habitant pas sur place, ils décidèrent de louer le château au syndicat du bassin minier du Nord qui y organisa des colonies de vacances. Le régisseur, gardien du château et employé du syndicat, était M. Peckeur.

Le château transformé en hôtel avec M. Dupisson (1960-1963)

Tableau signé Mme Pondruel, 1960
Tableau signé Mme Pondruel, 1960

Faute de pouvoir l’entretenir, la famille Omont décida de vendre le château, ses dépendances et son parc, mais de conserver la ferme du XVIIIème siècle. La vente se fit aux enchères publiques. L’acte de vente fut signé le 21 avril 1960.

Il donne un descriptif qui permet de deviner les modifications postérieures et la modernité du bâtiment en 1960.

Château

Sous-sol voûté : caves et salles de garde.

Rez-de-chaussée : hall d’entrée, grande salle à manger, trois salons, bibliothèque, office et cuisines.

1er étage : escalier en pierre donnant accès sur deux couloirs desservant 11 chambres, penderies et toilettes.

2ème étage : 9 chambres avec toilettes, mansardé.

Un grenier recouvrant toute la superficie du château.

Le château est équipé en électricité, eau sous pression (par pompe située dans les Communs), et monte-charge.

Orangerie : au RDC, écuries, remise, orangerie, bureau. A l’étage, 8 pièces. Equipé en eau et électricité.

Communs : au RDC, remises pour voitures et vaste grange. A l’étage mansardé, 8 chambres pour les domestiques. Equipé en électricité.

Maison du concierge avec sous-sol, 3 pièces, cuisine, toilettes et grenier.

Jardin potager avec arbres fruitiers, remise à outils, de 80 ares.

Terrain d’agrément d’1 hectare, étang de 45 ares, terrains nus jusqu’au rû du Moulin de 4 hectares.

Parc de 14 hectares

Puits alimentant en eau le château sur la parcelle de terrain en haut de la place du village.

La vente aux enchères fut atypique. Deux personnes ne cessaient de renchérir chacun de leur côté, faisant monter le prix de plus en plus haut, jusqu’à une interruption de séance au cours de laquelle il était apparu que l’un voulait le bois, alors que l’autre n’était intéressé que par les bâtiments. À la reprise des enchères ils s’étaient mis d’accord, et la vente fut conclue.

Le château et 25 ares de terres furent vendus à Gilbert Dupisson, hôtelier, demeurant à Saint-Omer. Il bénéficia de son statut de rapatrié d’Algérie pour recevoir une aide de l’Etat qui lui permit de financer l’achat du château. La limite de propriété fut fixée telle que figurée sur ce plan, juste derrière l’étang. Le parc revint à Emile d’Hayere, industriel belge et à Jean-Marie Cayphas, notaire belge.

Plan du sous-sol
Contrat de vente

Le projet de Monsieur Dupisson était de créer un hôtel de luxe servant de centre d’accueil pour séminaires d’entreprises. Il logeait avec sa famille dans l’aile gauche du château. L’accueil se faisait dans l’entrée actuelle ; une jolie chaise à porteur servait de cabine téléphonique. La salle de restaurant se situait sur la droite. Sur la gauche, des salons de réception, avec un piano, s’ouvraient sur une terrasse. Au rez-de-jardin, un bar donnait sur l’étang.

Plan du sous-sol

Malheureusement, il n’y avait pas assez de chambres, et l’activité n’était pas rentable à cause de la proximité du château de Fère-en-Tardenois, devenu hôtel de luxe en 1956. En 1963, Gilbert Dupisson fit faillite et chercha à tout prix à se défaire au plus vite du château de Couvrelles. Le 31 janvier 1964, il signa la vente de l’hôtel en l’état, avec sa vaisselle, son linge, tous ses équipements (frigidaires, sorbetière, fourneau, tondeuse…) et son mobilier (tables, chaises, aquarium, chaise à porteur…). L’acquéreur, la SAIDEC, société d’investissement pour le développement culturel, transforma le lieu en un centre de formation international qui perdure aujourd’hui.

Le projet de MM. d’Hayere et Cayphas était d’exploiter le parc, pour y installer une pépinière. Ils ont commencé par abattre des arbres notamment dans les zones humides et planter des peupliers. L’allée de platanes fut sévèrement élaguée. Ils créèrent un escalier de terre descendant vers le rû. Mais rapidement, ils constatèrent que les arbres mitraillés par la guerre, le sol miné d’obus, la terre calcaire et rocheuse rendaient le bois inexploitable. Ils le revendirent en 1971 à la SAIDEC.

Propriété de la SAIDEC (1964-à nos jours)

Vu le bon état de fonctionnement de l’ancien hôtel, la SAIDEC a pu louer rapidement le château à l’ACUT, Association de Culture Universitaire et Technique, qui a immédiatement commencé à organiser des séminaires, des retraites spirituelles et des séjours de vacances.

Entre 1964 et 1980, de nombreuses conférences et colloques ont été donnés par des intervenants de renom (saint Josemaria Escriva de Balaguer, le ministre de la défense Edmond Michelet, Jacques de Bourbon-Busset, M. Domergue, James Adams ambassadeur de Grande-Bretagne…).

Cette effervescence suscita des articles dans les journaux locaux de L’Union et de L’Aisne nouvelle.
Cette effervescence suscita des articles dans les journaux locaux de L’Union et de L’Aisne nouvelle.

Des séjours internationaux rassemblèrent également des jeunes du monde entier, notamment des allemands et des français pour faciliter la réconciliation entre les deux pays. Ces séjours ont réuni jusqu’à 100 jeunes dans le château. Pour les loger, plusieurs années de suite, l’armée avait autorisé le prêt de lits de camps militaires au château !

En 1968 débutèrent les travaux de construction de l’école hôtelière Dosnon à l’emplacement de l’ancien jardin potager, accolé à l’Orangerie. Pionnière dans la région, ce fut la 1ère école de ce type dans le Soissonnais.

A l’occasion des travaux, la salle à manger fut déplacée dans l’Orangerie et l’ancienne salle à manger transformée en salon. 1970 marqua l’ouverture de l’école-pensionnat, qui forma 37 promotions de CAP, BEP, BAC professionnel cuisine, hébergement et restaurant, avant sa fermeture en 2017, faute de moyens financiers. Sa devise était l’excellence dans le service.

L’équipe qui assure l’entretien et la restauration du château reste fidèle à cette devise et s’évertue à conserver le niveau haut de gamme, promu par l’école.

Aujourd’hui, les évènements se poursuivent au château et à Dosnon gardant toujours le même cap : favoriser l’épanouissement spirituel et humain de toutes les personnes qui participent à ses activités.

Bibliographie

  • Comte Maxime de Sars, Couvrelles, la Siège et Epritel, 1935, imprimerie de l’Aisne
  • Roger Haution, Recherches personnelles en 1966
  • Dossier Piette. Archives de l’Aisne à Laon.
  • Archives Justice de Paix de Braine
  • Société historique de Soissons, t. XIV, pag. 52 et 53 (1907)
  • Inventaires sommaires des archives de l’Aisne – Laon.
  • Dictionnaire historique de l’Aisne – Melleville.
  • Stanislas Prioux, Histoire de Braine
  • Anne-Marie Audouyn de Pompéry, À mon cher cousin… une femme en Bretagne à la fin du xviiie siècle et Un Coin de Bretagne pendant la Révolution
  • https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/merimee/IA02002144
  • https://www.europeana.eu/fr/search?page=1&view=grid&query=ocoy

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Couvrelles avant / après

Avant les travaux

Aujourd'hui